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31
octobre
2017

Suicide «Tous les voyants étaient au rouge»

Le procès d’une ex-psychiatre de l’Hôpital de Prangins (unité du CHUV), pour homicide par négligence, s’ouvre aujourd’hui. Le mari de la victime se livre au «Matin».

Suicide «Tous les voyants étaient au rouge»

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«Vous amenez votre épouse aux urgences psychiatriques. On vous informe qu'elle sera placée d'office dans un établissement afin de la protéger. Sauf que c'est tout l'inverse qui se passe...» Cela fait bientôt cinq ans qu'Aurélien* attend cette journée.

Le 25 février 2013, ce trentenaire français déposait une plainte suite au suicide de son épouse sur les voies de chemin de fer. Un drame survenu cinq jours plus tôt, au lendemain de l'admission de cette médecin généraliste colombienne de 36 ans à l'Hôpital de Prangins (antenne du CHUV pour l'Ouest vaudois). La doctoresse B., alors cheffe de clinique adjointe, comparaît aujourd'hui devant le tribunal de Nyon pour homicide par négligence.

«J'aimerais savoir pourquoi ça s'est passé, et quelles sont les mesures qui vont être mises en place pour que ça ne se reproduise plus», reprend Aurélien, qui élève désormais seul sa fillette aujourd'hui âgée de 4 ans et demi. «Car il y a eu de nombreux cas similaires au sein de cet hôpital, avant et après celui de mon épouse...»

 

Elle avait demandé de l'aide

 

Elle et son mari avaient emménagé en Suisse, dans la région lausannoise, à l'été 2008. Tous deux avaient rapidement trouvé du travail, et rêvent de fonder une famille. Dès 2011 cependant, la dépression s'installe chez Alejandra*.

 

La Colombienne se rend d'elle-même aux urgences psychiatriques du CHUV en décembre 2012. Soit deux mois avant de s'ôter la vie. Une psychothérapeute est chargée de suivre cette jeune femme fragile, qui allait accoucher à la mi-janvier. «Un enfant voulu, souhaité et chéri», raconte le père de la fillette.

Dans la soirée du 18 février 2013, le Français découvre dans l'historique de l'ordinateur familial que la mère de leur nouveau-né avait effectué quelques heures plus tôt des recherches sur Internet pour savoir comment mettre «efficacement» fin à ses jours. Nouvelle admission au CHUV.

 

«Diagnostic incomplet»

 

Un médecin décide alors d'une hospitalisation d'Alejandra à Prangins, sous la contrainte, en vue d'une «mise à l'abri d'idées suicidaires, dans un contexte d'état anxiodépressif sévère post-partum». La doctoresse B. était chargée de son suivi. Dans ses conclusions, l'expert mandaté par le ministère public (soit le responsable de la psychiatrie au Centre romand de médecine légale, le Dr Gérard Niveau) dit en substance que la cheffe de clinique adjointe de Prangins avait posé un diagnostic incomplet, en ne relevant pas la présence d'un trouble psychotique chez sa patiente. Si bien que la médication adéquate (notamment des sédatifs) n'a pas été prescrite, pas plus qu'une surveillance suffisamment étroite.

Deux ans et demi plus tard, le procureur Laurent Maye décide malgré tout de classer l'affaire, estimant notamment qu'il n'existait pas d'élément permettant de prévoir l'imminence d'un passage à l'acte. Une décision cassée en janvier dernier par le Tribunal cantonal vaudois, sur recours d'Aurélien et des parents de la victime. «Les éléments constitutifs de l'infraction d'homicide par négligence apparaissent réalisés», décrètent les magistrats dans leur arrêt.

 

«Tous les voyants étaient au rouge, et je suis certain que Prangins avait tous les éléments qui avaient été diagnostiqués aux urgences psychiatriques», lâche le Français, qui avait rendu visite à Alejandra pendant plusieurs heures le 19 février 2013, avec leur bébé et sa belle-mère. Lorsque le trentenaire était sur la route pour y retourner, le 20, l'hôpital l'appelle: «Ils voulaient savoir où était mon épouse. Je leur ai retourné la question...»

 

Source: Le Matin

 

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